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Plantes médicinales

Les Plantes Des Sorcières : Belladone, Mandragore Et Leurs Vrais Secrets

Un herbier d’Halloween entre remèdes anciens et récits de métamorphose

Ulysse

Par Ulysse

11 min de lecture9 septembre 2026

Les plantes des sorcières : belladone, mandragore et leurs vrais secrets

Belladone, mandragore et jusquiame noire : trois plantes où le remède et le poison deviennent deux possibilités d’une même matière.

Un herbier d’Halloween entre racines humaines, remèdes anciens et récits de métamorphose.

Quand la plante porte deux visages

À l’approche d’Halloween, ouvrons un herbier dont les pages ne promettent pas seulement le réconfort. Certaines plantes y apparaissent comme des énigmes : attirantes et redoutables, recherchées pour leurs propriétés, entourées de récits qui semblent prolonger leurs racines dans l’invisible.

La belladone (Atropa belladonna), la mandragore (Mandragora officinarum) et la jusquiame noire (Hyoscyamus niger) appartiennent aux Solanacées. Elles renferment des alcaloïdes tropaniques, une famille de substances comprenant notamment l’atropine, l’hyoscyamine et la scopolamine, capables d’agir puissamment sur le système nerveux. [1]

Autour de ces plantes se pose une question qui dépasse le chaudron : comment une même matière peut-elle porter des effets aussi contraires ? Nous aimerions que le jardin sépare clairement ce qui secourt de ce qui détruit. Mais ses frontières ne suivent pas toujours les nôtres.

La puissance d’une plante ne dit pas encore ce que nous devons en faire.

La belladone : la beauté et le fil

La belladone porte sa contradiction jusque dans son nom. Bella donna signifie « belle dame » en italien ; Atropa renvoie à Atropos, celle qui coupe le fil de la vie dans la mythologie grecque. Le récit cosmétique associé à la plante évoque les femmes de la Renaissance qui l’employaient pour dilater leurs pupilles. Sous l’apparence séduisante de ses baies noires demeure pourtant une plante hautement toxique. [2]

La beauté et la rupture se trouvent ainsi réunies dans une seule appellation. Ce qui attire le regard porte aussi le nom de ce qui peut l’éteindre.

La belladone devient, dans cet herbier, la plante des apparences insuffisantes. Une baie luisante ne livre pas sa nature à celui qui la contemple. Voir sa forme, connaître son nom, reconnaître son éclat : aucune de ces rencontres n’épuise ce qu’elle est.

Son lien avec les pupilles ajoute une autre profondeur à cette image. La plante ne se contente plus d’être regardée : elle agit sur l’organe même qui la regarde. Le monde extérieur touche les conditions de notre perception.

Devant elle, la question se retourne : que savons-nous de ce que nous voyons, lorsque nous connaissons si peu ce qui nous permet de voir ?

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La mandragore : le visage sous la terre

Dans les manuscrits médiévaux présentés par la British Library, la mandragore prend une forme presque humaine. Sa racine devient un corps, parfois dessiné avec des bras et des jambes. Les récits lui attribuent un cri capable de rendre fou celui qui l’arrache ; certaines illustrations montrent un chien attaché à la plante pour effectuer cette récolte à la place de l’être humain. [3]

Bien avant ces images, Pline l’Ancien mentionnait déjà, dans son Histoire naturelle, des préparations de mandragore administrées avant des incisions afin d’insensibiliser à la douleur. Il signalait aussi les effets mortels d’une quantité excessive. Ce témoignage appartient à l’histoire des remèdes, non à une méthode à reproduire. [4]

Une étrange correspondance apparaît : la racine à laquelle on demande de faire taire la douleur reçoit, dans la légende, un cri insupportable.

On peut entendre ce cri comme une résistance. Ce que la main voulait saisir comme une simple matière se présente soudain comme un être. La plante possède un visage ; l’arracher devient une rencontre troublante avec notre propre forme.

La mandragore renverse ainsi le regard porté sur la terre. Nous y cherchions un remède, nous y découvrons une ressemblance. Le corps humain ne semble plus entièrement séparé du jardin : quelque chose de lui paraît l’attendre sous la surface.

Ce que nous pensions tenir devant nous commence à nous regarder en retour.

La jusquiame noire : le fil de la conscience

La jusquiame noire prolonge cette rencontre entre la plante et l’expérience intérieure. Elle appartient aux plantes dont l’intoxication peut provoquer confusion, hallucinations et troubles de la mémoire. Ici, le changement de perception peut devenir une perte profonde de repères. [1]

Pline, lorsqu’il décrit les jusquiames, s’arrête déjà sur leur ambiguïté : il s’étonne qu’une substance pour laquelle on recherche des remèdes contre l’empoisonnement soit elle-même prescrite comme remède. Le paradoxe n’est donc pas une invention récente ; il se trouve au cœur de son observation de la plante. [4]

Dans notre herbier, la jusquiame donne une image à ce lien délicat entre le corps et la conscience. Nous pouvons penser nos idées comme un domaine séparé de la chair. Pourtant, une matière venue du dehors suffit à troubler l’ordre dans lequel les sensations, les souvenirs et les présences nous apparaissent.

L’invisible n’est plus seulement ce qui se cacherait derrière le monde. Il est aussi cette relation, ordinairement imperceptible, qui nous permet de l’habiter.

La jusquiame en révèle la fragilité : le fil qui nous relie à nous-mêmes appartient lui aussi au vivant.

Les onguents volants : la matière et le voyage

Les onguents des sorcières occupent précisément cette frontière entre substance et métamorphose. Des textes anciens leur attribuent un rôle dans les expériences de vol. L’hypothèse d’onguents végétaux provoquant des visions reste toutefois discutée : Michael Ostling souligne les insuffisances des preuves concernant leur emploi par les personnes accusées de sorcellerie, tandis que Tom Hatsis défend la probabilité de certaines pratiques. On ne peut donc pas réduire tous les récits de vol à une recette hallucinogène démontrée. [5] [6]

Cette incertitude n’enlève rien à la force de l’image.

Dans le récit, un peu de matière accompagne le franchissement d’une distance immense. Le corps quitte sa condition ordinaire ; la demeure, les chemins et les limites familières cessent d’enfermer le voyage.

La plante devient le point de rencontre entre deux mouvements contraires : elle appartient à la terre, mais on lui prête le pouvoir d’en détacher celui qui l’emploie. La racine descend ; l’imagination s’élève.

Sous l’image du corps qui s’envole apparaît une autre métamorphose : celle de la relation entre un être et le monde qu’il habite.

Du poison au remède : l’art de la mesure

L’atropine possède aujourd’hui des usages médicaux, notamment pour dilater les pupilles en ophtalmologie. La scopolamine entre, sous forme de médicament transdermique, dans la prévention des nausées et vomissements associés au mal des transports ou à certaines interventions chirurgicales. [7] [8]

Ces usages ne rendent pas les plantes brutes interchangeables avec les médicaments. Leur teneur en alcaloïdes varie, y compris entre les différentes parties d’une même plante. [1]

Le passage au remède ne consiste donc pas simplement à découvrir une puissance cachée. Il demande de la connaître, de la mesurer et de lui donner des conditions précises.

Cette transformation offre une dernière lecture de notre herbier : une force ne devient pas bénéfique parce qu’on la désire telle. Elle doit trouver sa juste relation avec ce qui la reçoit.

Ces trois plantes sont toxiques et ne conviennent pas aux préparations domestiques.

Leur présence ici invite à l’étude, non à l’expérimentation. [1]

Ce que garde le jardin nocturne

La belladone interroge le regard. La mandragore fait surgir notre ressemblance sous la terre. La jusquiame révèle le fil discret qui unit la matière à la conscience.

À Halloween, cet herbier peut se lire autrement que comme un catalogue de poisons ou une collection de superstitions. Il nous place devant des plantes dont les propriétés et les histoires ne se confondent pas, mais se répondent.

L’herboristerie commence ici par une attention : regarder assez longtemps pour dépasser la première apparence, apprendre assez précisément pour ne pas confondre puissance et maîtrise.

Le vrai secret de ces plantes n’est peut-être pas de nous donner un pouvoir sur le monde, mais de nous apprendre quelle place nous pouvons y prendre.

Sources et références

  1. California Poison Control System — University of California, San Francisco.

    Anticholinergic Plants

    . Plantes concernées, alcaloïdes tropaniques, variabilité des concentrations et effets des intoxications.

  2. International Museum of Surgical Science — Bailey Kirsten.

    From Assassinations to Witches’ Brews: The Troubled History of the Belladonna Plant

    . Étymologie, récit cosmétique et toxicité de la belladone.

  3. British Library — Julian Harrison.How to Harvest a Mandrake

    . Manuscrits représentant les racines humaines, le cri et la récolte avec un chien.

  4. Pline l’Ancien.Histoire naturelle, livre XXV, chapitres 17 et 94

    . Passages sur les jusquiames et la mandragore ; traduction anglaise accessible sur Project Gutenberg.

  5. Michael Ostling.

    Babyfat and Belladonna: Witches’ Ointment and the Contestation of Reality

    . Magic, Ritual, and Witchcraft, 11(1), 2016, p. 30–72.

  6. Tom Hatsis.Those Goddamn Ointments: Four Histories

    . Journal of Psychedelic Studies, 3(2), 2019. Une interprétation différente de l’histoire des onguents.

  7. DailyMed — U.S. National Library of Medicine.Atropine Sulfate Ophthalmic Solution

    . Indications et effets ophtalmologiques de l’atropine.

  8. DailyMed — U.S. National Library of Medicine.Scopolamine Transdermal System

    . Indications du médicament contre les nausées et vomissements.

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