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Recettes médicinales

Le Maté Sucré Des Guaraní

La boisson sacrée d'un peuple qui lisait les plantes

Lamia Lunenoir

Par Lamia Lunenoir

6 min de lecture29 juin 2026

Le Maté Sucré des Guaraní

Avant les laboratoires et les édulcorants modernes, les Guaraní associaient déjà la stévia au yerba maté. Une boisson douce, amère, sociale et profondément enracinée dans l'histoire.

Quand la douceur était une médecine

Longtemps avant que les laboratoires pharmaceutiques ne s'intéressent à ses feuilles, la stévia (Stevia rebaudiana) poussait discrètement dans les hauts plateaux du Paraguay et du Brésil. Les Guaraní l'appelaient ka'a he'ê, « l'herbe douce », et la connaissaient depuis des générations comme compagnon fidèle d'une autre plante sacrée: le yerba maté.

Ce n'était pas un hasard. Le maté seul est amer, puissant, presque rugueux. La stévia l'adoucissait sans sucre, sans miel, sans rien d'autre que ses feuilles séchées. Mais cette union allait bien au-delà du goût.

Ingrédients

Pour 1 gourde ou 1 tasse:

  • 2 c. à soupe de yerba maté séché
  • 3 à 5 feuilles de stévia séchées, ou 1 c. à café de feuilles réduites en poudre
  • 250 ml d'eau chaude, non bouillante, entre 70 et 80 °C
  • Une gourde traditionnelle (caiguá) ou une tasse avec filtre à herbes

Préparation

Mélangez le yerba maté et les feuilles de stévia directement dans la gourde ou l'infuseur.

Versez l'eau chaude, mais pas bouillante: elle brûlerait les arômes du maté et rendrait l'infusion âcre.

Laissez infuser 4 à 5 minutes.

La stévia libère sa douceur progressivement. Ne vous attendez pas à une saveur immédiate: elle arrive lentement, avec une légère note de réglisse en fin de bouche.

Comment le consommer

Une tasse le matin, à jeun ou avec un repas léger. La combinaison de la caféine naturelle du maté et de la douceur de la stévia en fait une boisson de début de journée idéale.

On peut réinfuser les mêmes herbes deux ou trois fois. La stévia garde sa douceur pendant plusieurs infusions.

À éviter en soirée: le maté contient des xanthines, dont la caféine et la théobromine, qui stimulent le système nerveux central.

Gourde de maté avec feuilles de stévia

Comment elle était consommée historiquement

Pour les Guaraní, le maté n'était pas simplement une boisson. C'était le vecteur universel par lequel on administrait les plantes médicinales: on y ajoutait herbes et remèdes selon les besoins du moment. La stévia y trouvait sa place naturelle, et pas uniquement pour le goût.

Les anciens observaient que certains membres de la communauté souffraient d'une soif qui ne s'étanchait jamais, d'une fatigue persistante, d'urinations fréquentes. Ils ne connaissaient pas le mot « diabète », mais ils connaissaient la plante douce qui semblait alléger ces maux. De même, pour les maux de tête et les étourdissements que nous appelons aujourd'hui hypertension, ou pour faire tomber la fièvre, la feuille de stévia trouvait sa place dans la gourde.

Ce mélange, maté et ka'a he'ê, n'était pas perçu comme une recette médicale au sens strict. C'était une pratique quotidienne, intégrée à la vie sociale et spirituelle du peuple. Le maté se partageait en cercle, symbole de lien entre les vivants et les ancêtres. Y ajouter la stévia, c'était prolonger ce geste de soin collectif.

Le botaniste suisse Moisés Santiago Bertoni, qui classa officiellement la plante en 1899, fut l'un des premiers Européens à documenter ces usages: des pratiques qui existaient, elles, depuis bien avant son arrivée.


Pourquoi je cultive aussi la stévia en hydroponie

La stévia n'est pas pour moi une plante seulement historique ou exotique. C'est aussi une plante que je cultive moi-même, saison après saison. Dans un monde idéal, je la ferais pousser dehors, les pieds dans la terre, sous une longue chaleur stable. Mais je vis au Canada, et les hivers canadiens ont leur mot à dire.

L'hydroponie est devenue ma façon de garder cette herbe douce vivante à l'année longue. Pas par obligation, mais par goût de l'expérimentation. Il y a quelque chose de fascinant à observer une plante médicinale pousser dans l'eau, à ajuster sa nutrition, à comprendre ce dont elle a besoin pour produire des feuilles denses, vigoureuses et aromatiques. Chaque culture est un apprentissage qui s'accumule.

Ce que j'ai pu observer au fil du temps : une stévia récoltable en plein mois de janvier, avec une douceur bien présente dans les feuilles. En jouant sur la nutrition et la lumière, on peut offrir à cette plante une vigueur difficile à obtenir en terre ordinaire pendant l'hiver. Et juste avant la récolte, réduire l'azote et exposer légèrement les racines suffit à pousser la plante à concentrer davantage ses composés aromatiques.

Plants en cours de culture hydroponique

Sur la jardinière du haut, je cultive 6 plants de verveine. Sur la jardinière du bas, 9 plants de stevia.

Je ne prétends pas que l'hydroponie remplace le jardin. Elle le prolonge. Quand les plates-bandes dorment sous la neige, la fenêtre reste verte. Et pour une plante comme la stévia, qui aime la chaleur et la lumière, cette continuité change tout.

C'est ça, pour moi, l'intérêt : relier l'histoire d'une plante à sa culture réelle, l'observer de près, apprendre d'elle et ne jamais vraiment arrêter de jardiner.

Cet article s'inscrit dans une démarche culturelle et historique. La stévia et le maté ne sont pas des médicaments. Pour tout problème de santé, consultez un professionnel de santé.